Télévision

Avènement de la télé

6 septembre 1952. La journaliste Judith Jasmin commente avec émotion l'avènement de la télévision au Canada français. Présente dans quelque 135 000 foyers, elle va contribuer à transformer la société québécoise en ouvrant de nouveaux horizons d'information, de divertissement et de culture aux populations les plus isolées de cet immense pays. Frédéric Back, immigrant français diplômé des Beaux-Arts, est installé à Montréal depuis 1948. Il a 28 ans et il enseigne à l'École du meuble et à l'École des Beaux-Arts. Pour lui, c'est un univers inespéré de possibilités artistiques qui s'ouvre et une nouvelle vie qui commence.

41 ans à Radio-Canada

Frédéric Back fait partie des pionniers de la télévision de la Société Radio-Canada. Il y travaillera jusqu'en 1993, avec trois interruptions relativement brèves. Dès 1952, il entre au service des arts graphiques où il est illustrateur, créateur d'effets visuels, de décors et de maquettes. La télévision est alors un territoire vierge où tout est à créer. Animé par beaucoup d'enthousiasme et d'inventivité, Frédéric Back s'attache à renforcer le caractère culturel de ce nouveau média. Toutes les émissions étant diffusées en direct après quelques répétitions, la tension en studio est grande et stimulante.

Animer en direct

Au cours des 15 premières années de la télévision, Frédéric Back fait les décors et les illustrations de nombreuses émissions culturelles, éducatives et scientifiques. Voici quelques titres de celles qui ont marqué la mémoire collective des Québécois : Le grenier aux images, Les récits du Père Ambroise et Maman Fonfon, Le roman de la science, La science en pantoufles et La joie de connaître, ou encore, Le nez de Cléopâtre et L'heure du concert. Réalisée en 1967, la série D'Iberville a également été un temps fort dans l'histoire de la production télévisuelle de la Société Radio-Canada.

Très vite, l'illustrateur devient animateur en inventant des trucages pour faire bouger les images fixes. Dessins défilant devant la caméra au rythme de la musique, manipulation de personnages articulés ou en 3D, illustrations sur carton avec éléments mobiles ou en relief… Parfois, Frédéric Back est là pour dessiner en direct ou diriger les opérations d'animation pendant la télédiffusion. La plupart du temps, il travaille simultanément sur plusieurs programmes hebdomadaires. Les ateliers des décorateurs et des illustrateurs étant éloignés des studios d'enregistrement, il doit donner aux réalisateurs des indications de mise en scène, de cadrage et de mouvements de caméra en espérant qu'elles seront suivies. Le résultat est souvent approximatif mais la magie de la télé opère malgré tout.

Animation Système D

Pour Frédéric Back, la première expérience significative en cinéma d'animation a lieu en 1954, quand il crée son premier court-métrage pour illustrer la musique de Scaramouche. À ce moment-là, il n'existe aucun équipement pour produire un film d'animation à Montréal. Mais le manque de moyens stimule la créativité de l'artiste plutôt que de freiner son enthousiasme. Il raconte : «  Mes films d'animation étaient filmés avec une Bolex, image par image. Elle était fixée sur un tuyau de chauffage et c'est le calorifère qui servait de table d'animation! Pour faire des panoramiques, il fallait pousser à la main. (...) Sur la rue Saint-Mathieu, il y avait aussi une caméra sur une colonne qui pouvait monter et descendre et qu'on appelait un banc-titre. Chaque fois qu'on voulait faire un zoom, il fallait traverser la pièce pour aller tourner la manivelle. Rien n'était simple!  » Après l'expérience passionnante mais peu probante de Scaramouche, Frédéric Back devra attendre 14 ans pour que la Société Radio-Canada s'équipe d'une table d'animation avec une caméra 35  mm.

Place aux films!

En 1968, Frédéric Back fait partie du tout nouveau studio d'animation de la Société Radio-Canada créé sous l'impulsion d'Hubert Tison qui en assure la direction artistique. L'équipe comprend des illustrateurs comme Graham Ross, Léonie Gervais et Daniel Méry, des « designers » tels que Pierre-Yves Pelletier et André Théroux, ainsi que le caméraman Paul Webster. Pendant 25 ans, il y réalise des films de commande, des génériques d'ouverture et des présentations spéciales pour les programmes de la SRC. Par exemple, le film Nos chers vieux téléromans qui présente la cinquantaine de téléromans produits entre 1952 et 1972. Mais surtout, c'est au sein de cet espace privilégié que Frédéric Back crée la dizaine de films d'animation qui l'ont rendu célèbre au quatre coins le monde.

Taratata, Crac!, Tout-rien, L'homme qui plantait des arbres, Le Fleuve aux grandes eaux... C'est en toute liberté que l'amoureux des bêtes et de la nature exprime sa révolte contre la folie destructrice des humains, déployant sous diverses formes son message écologiste et pacifiste. Robert Roy, directeur des émissions jeunesse puis directeur des programmes, l'encourage et le soutient dans sa mission éducative. Et même s'il est soumis aux contraintes de temps qu'impose la cadence de la télévision, Frédéric Back mesure la chance extraordinaire de voir ses œuvres accessibles au grand public grâce à la télédiffusion et au programme d'échange de l'Union européenne. D'autant plus que le service des relations internationales de la Société Radio-Canada permet à ses films d'être programmés dans tous les grands festivals du monde.

On ferme...

Pendant 20 ans, les films produits dans le studio d'animation offrent une visibilité incomparable à la télévision de la Société Radio-Canada sur la scène internationale. Pourtant, malgré la renommée que lui procure ce type de production cinématographique, elle décide d'y mettre fin. On est en 1993. Frédéric Back aura bientôt les 70 ans et il termine Le fleuve aux grandes eaux en plein démembrement de ce studio qui aura fait son succès et dont il aurait aimé qu'il serve de modèle à d'autres stations de télévision. C'est avec tristesse qu'il voit l'aventure prendre fin.

Réflexions personnelles

En 1970, Frédéric Back a signé un texte intitulé Réflexions sur la télévision dans Circuit fermé, le journal interne de Radio-Canada (vol. 6, no 9, Montréal, le 15 mai 1970). Les opinions et inquiétudes qu'il y expose sont encore très actuelles. L'extrait suivant révèle l'intégrité de cet homme qui, avec cohérence, a défendu la créativité et la vie sous toutes ses formes.

« Tous comme l'écologie, enfin reconnue, nous révèle que l'industrialisation envahissante a mis en danger la vie sur notre planète, de même les conséquences de la télédiffusion nous échappent en grande partie. Ces conséquences sont graves, et elles dépassent de beaucoup les intérêts matérialistes actuels, petits ou grands, et notre désir de produire des émissions coûte que coûte. Méfions-nous de la surproduction et de la pollution des esprits. Seule une étude passionnée, pesée, pensée, impartiale peut nous mériter le pardon des générations futures.

Notre écran sera bientôt, et pour beaucoup, l'image qu'ils se feront de notre pays. Qu'il montre la réalité, mais qu'il reflète aussi la recherche ardente d'un idéal et d'aspirations valables. Il me semble que seulement ainsi Radio-Canada et nous tous serons fidèles à notre vocation. »

Émissions

Le nez de Cléopâtre

Rendez-vous très populaire du dimanche soir, Le nez de Cléopâtre était un jeu de devinettes à élucider à partir d'un indice verbal et d'un dessin exécuté en direct par Frédéric Back.

Le roman de la science

Conçu, produit et animé par le grand vulgarisateur scientifique Fernand Seguin, Le roman de la science a été un élément d'éducation populaire important au Québec.

L'heure du concert

Opéras, opérettes, symphonies, concertos, ballets... En 13 saisons et 207 émissions, L'heure du concert a présenté aux Canadiens les versions intégrales ou des extraits...

Émissions jeunesse

Dès les débuts de la télévision de Radio-Canada en 1952, Frédéric Back est embauché comme illustrateur, décorateur et maquettiste.

L'oiseau de feu

Igor Stravinski a composé la musique du ballet L'oiseau de feu pour Serge de Diaghilev à la belle époque des Ballets russes.

D'Iberville

Cette série historique a été une des plus importantes productions télévisées au Québec. Conçue pour un jeune public, elle a captivé grands et petits en racontant les exploits...

Les couche-tard

Cette émission de divertissement alliant talk-show, humour et variétés est l'une des émissions phare de la programmation de Radio-Canada pour la décennie 1960-1970.

À ta santé, Jacques

Cette émission hommage regroupe une pléiade de personnalités, d'artistes et d'hommes politiques qui ont côtoyé Jacques Normand tout au long de sa carrière.