Quitter la France, mes parents

En mai 1948, René Guillon, un ami décorateur qui est au courant de mon projet de voyage m'avise que dans 15 jours, un chalutier malouin partira du port de Saint Louis du Rhône pour le Canada. En grande hâte, je vends quelques toiles, donne une partie des sous à ma mère et sans visa, je pars par le train, avec une valise de dessins et ma bicyclette. Heureusement, une de mes tantes de Sarrebrück est alors en visite et peut consoler ma mère de mon départ.

Passant par Bordeaux et Montpellier, je découvre une France que je ne connais pas : Carcassonne émergeant soudain d'un champ de blé. À Montpellier, je retrouve mon père qui est engagé à l'Opéra de la ville depuis plusieurs mois. Il se plaît bien et il m'accompagne en train jusqu'à Arles. Au milieu des oliviers et des ruines d'un pont antique surgit un vieux berger accompagné d'ânes, de chiens, d'un immense troupeau de moutons précédés de boucs aux cornes torsadées. Je suis stupéfait devant tant de beauté… Est-ce que j'allais seulement trouver quelque chose de comparable à l'autre bout du monde?

Certificat d'acquisition d'une œuvre de Frédéric Back exposée au Salon de la Marine. 13 juillet 1948
À droite, Jean Back avec un ami. Montpellier, 1948ca
Berger avec ses moutons. Crédit : Frédéric Back, croquis d'après souvenirs, 22 mars 2007