L'arrivée en Bretagne

L'Orchestre de Paris est évacué en Bretagne, et ma mère vient me chercher au château de Challain-la-Poterie et nous rejoignons mon père et ma soeur à Rennes. Elle m'inscrit aux Beaux-arts de Rennes, installés au Musée, car l'école est convertie en hôpital militaire. C'est une année pénible avec un flot incessant de réfugiés arrivant par train, par la route, emportant tout ce qu'ils peuvent. De grandes charrettes du Nord, tirées par des chevaux épuisés, emplies de familles harassées viennent échouer en Bretagne. Mes parents en accueillent plusieurs, le temps qu'elles se remettent un peu. Au musée, les professeurs et le personnel nous incitent à aller porter des bouteilles d'eau aux passagers des trains bondés. Nous devons décrocher et rouler les grandes toiles du musée pour les envoyer en lieu sûr : Les chasses au lion de Rubens, entre autres. Dans nos cours, nous avons à faire à de bons artistes, mais ce sont des professeurs sans méthode. On nous enseigne dessin, croquis, architecture, modelage, peinture en bâtiment, fresque, anatomie et littérature

Place de la Mairie. Crédit : Frédéric Back, Rennes, étude, 1945
Bulletin scolaire, École des Beaux-Arts. Rennes, 1939-41
Arrivée des réfugiés (détail). Crédit : Frédéric Back, Bretagne, esquisse, 1941
Bulletin scolaire, École des Beaux-Arts. Rennes, avril et mai 1941